Mathurin habitait une ferme isolée.
Un torrent défilait à travers les alpages.
Son âne et ses moutons broutaient dans les pacages,
Et il entretenait un jardin potager.
Ses légumes étaient beaucoup appréciés,
Et chaque mercredi il allait au village,
Ce qui nécessitait pour lui un long voyage
Pour livrer chaque fois ses clients attitrés.
Venu avec son âne, au bout de la journée,
Il restait pour la nuit, avec tous ses bagages,
Dormir chez un ami, connu pour être un sage,
Et repartait jeudi, dès le soleil levé.
Il lui est arrivé une fois d’oublier
D’emmener avec lui la corde d’amarrage
Pour attacher son âne aux mailles d’un grillage,
Pour qu’il ne parte pas tout seul, la nuit tombée.
Son ami n’avait pas de corde à proposer.
« Mais en faisant semblant », lui dit-il sans ambages,
« De lui passer la corde et d’en faire l’usage
Comme les autres fois, il ne va pas bouger. »
Et effectivement, l’âne est si bien resté
Toute la nuit en place à son point de fixage
Sans y être attaché, qu’il n’a pas davantage,
Au moment de partir, accepté d’avancer.
« Desserre-lui ses liens », dit l’ami avisé.
« Mais il n’a pas de corde, et pourquoi ce blocage ? »
« Ton âne le sait -il ? envoie-lui le message :
Fais semblant d’enlever tout ce qu’il croit noué. »
Et l’âne, allègrement, se remit à marcher !
Pour nous, quels nœuds gênants ne sont que des mirages ?
Sachons les reconnaitre, et puis, avec courage,
Reprenons le chemin vers notre liberté.
Gérard Bohler
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